Femmes de Boue

La pièce

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© Anaïs Morisset Desmond – @utbarley

Une pièce documentaire et poétique sur nos mères et nous


Cette pièce, documentaire et poétique, est le fruit de nos entretiens croisés avec nos mères et d’écritures en plateau, qui nous ont permis d’explorer l’intime, le féminin, les questions de la transmission intergénérationnelles et sociétales. Quatre femmes, à vue, en plateau traversent des parcours initiatiques rythmés par des séquences de déjeuners traditionnels familiaux (entrée, plat, dessert). Des tableaux musicaux, des scènes de jeu, des moments dansés où le burlesque, le rituel et l’initiatique se mêlent aux voix de nos mères…

Nous sommes toutes à la fois comédiennes, metteuses en scène et autrices du spectacle. Cela rend le processus de création très long mais l’enrichit profondément. L’aspect complètement collectif du travail, nous permet d’explorer au mieux la pluridisciplinarité de chacune. 

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© Laure Barrière – www.matriochkas.fr

« Quelle était l’image que tu avais de toi à 18 ans ? »

« C’était quoi l’amour pour toi? »

Voilà certaines des questions que nous avons posées à nos mères et qu’elles nous ont posé en retour. Nous tenions là l’essence de notre spectacle : à la croisée des chemins entre paroles brutes, écriture en plateau, danse, vidéo, performance et arts plastiques. Nous parlons donc, ici, de nos mères, de leurs histoires, de la filiation, de nos relations à elles et de leur rapport à elles-mêmes et de tout ce que l’on peut parfois se trimballer d’une génération à l’autre.  Ces interviews furent notre point de départ, celui de notre écriture en plateau


Notre terreau :

Les entretiens avec Mireille, Mado, Yolande et Michèle

… nos mères.

Extraits interview

Juliette : Aujourd’hui, quelle est ta vision de l’amour ?

Mado : Ma vision de l’amour aujourd’hui… C’est un compagnonnage, c’est une rencontre, c’est pouvoir être qui on est à côté de quelqu’un qui ne se transforme pas non plus pour nous plaire.(…) C’est de la tendresse partagée, c’est de la simplicité. C’est être là pour quelqu’un, que quelqu’un soit là pour toi. Mais pour des bonnes raisons. Pas seulement pour le quotidien, pour tout le reste aussi. C’est un élan vers quelqu’un que tu choisis, pour une journée, pour dix ans, pour toute la vie.

Juliette : Est-ce que tu l’as déjà vécu toi, ça ? (Silence).

Mado : Pas sûr, en fait.


Coralie : Tu t’es remariée à 52 ans, c’est… Quelle saveur ça a ? Du coup si tu devais repenser à ton mariage à tes 52 ans et celui à tes 18 ans ?

Yolande : En fait j’ai plus participé et… Et comment dire…. J’ai plus ressenti les choses à 52 qu’à 18 ans. À 18 ans… euh… ben voilà, j’étais heureuse et tout ça, mais j’ai eu l’impression que ce jour là, il est passé sans que je sois… Alors…j’allais dire sans que je sois présente mais c’est pas ça. C’était comme si je le survolais. Mais bon c’est dû à la jeunesse aussi je pense. Parce que j’avais l’impression que c’était pas moi qui avait décidé… Pas de me marier… Mais toute la fête… 


Fanny : Est-ce que tu penses que le fait d’être une femme a pu te freiner dans ta vie ?

Mireille : Certainement, parce que la société fait que quand tu es une femme, surtout sur un poste à responsabilités, il faut que tu prouves trois fois plus qui tu es et quelles sont tes idées, etc. Et que tu t’imposes. Mais par exemple, dans mes fonctions, dans la fonction publique, je gagne le même salaire qu’un homme…mais après c’est le déroulé de carrière qui peut ne pas être le même. Effectivement, certains accèdent à des postes à haute responsabilité plus tôt et s’ils peuvent le faire c’est parce qu’ils ont à leurs côtés une femme qui gère la vie de famille, souvent. Pour moi ce n’était pas envisageable… Parce que j’ai toujours voulu être proche géographiquement de mes enfants. Plus que ton père d’ailleurs. Et puis moi j’ai jamais su… Comment dire… J’ai jamais su ne pas faire les choses pleinement dans mon métier. Mais c’est vrai que je trouvais que c’était un peu injuste, quand on me disait que je sacrifiais mes enfants, voilà.


Armelle : Quelle image avais-tu de toi à 18 ans ?

Michèle : Ouhla … (rires) Plutôt mal dans ma peau, pas sûre de moi, manque de confiance… Envie de vieillir, de passer à autre chose. Je trouvais le temps long à 18 ans et on avait un rapport avec les parents un peu difficile, donc… Il ne fallait pas trop dire ce que l’on pensait… Voilà. Donc c’était plutôt : « vite, qu’on en finisse ! »

Armelle : Et justement, quelle image tu as de toi aujourd’hui ?

Michèle : Ben je suis contente d’avoir vieilli en fait, d’avoir fait tout ce que j’ai fait : dans le travail, dans l’éducation de mes enfants, dans ma vie sociale en général. Je suis assez satisfaite et épanouie on va dire. Bon, après tout n’est pas parfait mais… On a plutôt bien évolué je pense.  

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© Raphaël Liot

  • Qu’est-ce que tu attends de ce projet ?

Juliette : « Peut-être de toucher à un certain universel, par notre intime. Et aussi cette idée d’une parole qui se transmet, qui répare, d’avancer ensemble, de grandir ensemble, de partage, de transmission… De mère à fille et entre nous d’abord, mais aussi avec les autres. Je sens qu’il y a aussi quelque chose de se réapproprier une parole. On vit quand même un truc assez génial du point de vu féminin en ce moment, c’est très agréable d’avoir cette sensation de vague qui avance et dont on ferait partie. Par ce projet mais pas que… Même nos mères, que toutes acceptent de le faire… Ça a dû les faire flipper… Elles ont dû se dire : « Mais qu’est-ce que je vais me prendre dans la gueule ? » (Rires).

Coralie : « Je crois que j’attends… En fait j’ai plutôt envie de dire : on n’aVend plus, on fait ! On crée une pièce qui offre une vision documentaire et poétique, joueuse et émouvante, qui rend hommage aux paroles de nos mères et aux nôtres. Une pièce où nous faisons un chemin énorme de déconstruction. Une pièce hybride, aussi drôle que touchante et authentique, tant et si bien que nous osons nous mettre à poil dans nos séances de travail. Je crois qu’on est en train de créer un pièce qui offre des possibles, nos constructions après nos déconstructions !» 

Armelle : « Le projet Femmes de Boue représente un désir, une envie d’aller plus loin dans la recherche artistique, pouvant allier le féminin, le mouvement, le sacré et le jeu. Quoi de mieux que de parler des femmes pour cette première création ? L’attente artistique se situe surtout dans la découverte de ce qu’il ressort au fur et à mesure de notre recherche… Les chemins empruntés sont atypiques, et à mon sens, ce voyage s’annonce surprenant. Et incroyablement nécessaire. » 

Fanny : « Par dessus tout c’est ce sentiment de sonorité, de donner un sens au mot à travers notamment ces cercles de parole que nous avons entamés il y a un an. Si ce projet peut aider à inspirer des femmes à explorer leurs lignées de femmes, l’impact de la transmission, ce qu’elles portent malgré elles et qui ne leur appartient pas, les fidélités et les secrets de famille inscrits dans leur corps et donner son sens au mot sonorité, alors tant mieux ! Je trouve que c’est un outil hyper puissant que d’interviewer sa mère, sa grand-mère, les membres de sa famille. J’aurais aimé le faire tout au long de ma vie. C’est vraiment une façon de libérer la parole entre les femmes des différentes générations de la famille. Je trouve que ce serait quelque chose de très beau. »